J’ai été hier à Courtrai, pour quelques heures, aux fins d’assister à la réunion des élèves de notre cours chez Mr le Curé de St Eloi, qui nous avait invités tous à des agapes fraternelles;[1] je n’ai pas trouvé le temps de venir vous voir.
La mission, dont vous me chargez par votre minuscule billet de Samedi passé, est fort délicate et franchement j’hésite à m’en charger. Depuis sa maladie, Mr Duclos est d’une sensibilité, d’une impressionnabilité rare; la proposition, que je lui ferais en votre nom serait de nature à lui causer de fâcheuses émotions; il tient, je crois en être certain, à rester maître de R.d.H.[2] Cependant celui-ci est plus malade encore que son rédacteur, et pour moi il a vécu, comme on dit. Le Godlijk spel[3] qu’on nous sert hebdomadairement, depuis deux ans, en tartines de 4 pages, aura hâté le décès de la pauvre feuille, que je trouve désormais dépourvue de tout intérêt.
La situation financière du journal, à en juger par quelques phrases échappées à Mr Duclos, est fort compromise; le journal ne fait pas ses frais et pour peu que le nombre des abonnés diminue encore, chose que je prévois, la position ne sera plus tenable.p2Je vous parle, comme vous le voyez, très franchement; si nonobstant ce que je viens de dire, vous désirez rentrer en possession de R.d.H., je crois que l’unique moyen d’aboutir, serait de traiter vous-même la chose directement avec Mr Duclos, qui vous aime et vous estime beaucoup, ou bien d’interposer M. Demonie, qui est persona gratissima[4] aux yeux de M. Duclos, et qui, à raison de sa qualité de collaborateur principal et fort sérieux, pourrait mener cette affaire à bonne fin.
Je ne refuse nullement de vous rendre service, mais je crois que, dans l’occurrence je suis impropre à remplir la mission, que vous voulez me confier.
En toute hâte.







